Par Gérard BOUCHETEAU, ancien instituteur à Pas-de-Jeu, fonde son article sur ses recherches aux archives municipales de Pas-de-Jeu ainsi que dans la consultation d'un opuscule écrit en 1957 par son prédécesseur Monsieur Bernard. Ce dernier aurait, lui-même, obtenu ses sources auprès d'un journal d'après-guerre intitulé « Le barbelé » destiné à bon nombre d'anciens prisonniers. Monsieur Bernard étant décédé, nous ne pouvons en avoir la certitude.
Son origine et les remous de l'histoire
Le concept d'une Garde Nationale remonte à juillet 1789. Les Etats Généraux réunis à Versailles en mai 1789 concrétisent l'émergence du Tiers-Etat dont les représentants sont issus très majoritairement de la bourgeoisie. Sur 1139 députés, on dénombre 270 représentants de la Noblesse, 291 du Clergé et 578 du Tiers-Etat.
Le Tiers-Etat réclame le vote par tête au lieu du vote par ordre. On comprend pourquoi en examinant les chiffres précités. Il requiert aussi une délibération commune au lieu d'une par ordre pour la vérification des pouvoirs des députés.
Les événements se précipitent : - 17 juin 1789, Sieyès obtient du Tiers-Etat qu'il s'autoproclame Assemblée Nationale, - 20 juin 1789, Serment du Jeu de Paume face à l'obstruction du roi, - 9 juillet, l'Assemblée Nationale devient constituante.
Dans un Paris surpeuplé, surchauffé, en proie au chômage, à la disette, à la vie chère, toutes les nouvelles venues de Versailles entretiennent une nervosité chronique.
Des discours, tels ceux de l'avocat Camille Desmoulins, échauffent les esprits. Aux Tuileries, le Royal Allemand charge des manifestants ; la foule pille les armureries. A l'Hôtel de Ville, on prend peur : l'assemblée des électeurs du Tiers, qui s'est érigée en Municipalité, crée à la fois un comité permanent et une milice parisienne ( à raison de 200 citoyens/district, en fait des bourgeois).
- 14 juillet 1789, la Bastille est prise. Les défenseurs se rendent mais se font massacrer. La foule est en colère, la confusion est grande.
Aussitôt, la bourgeoisie parisienne, soucieuse de protéger l'ordre et ses propres biens, obtient la transformation de la milice bourgeoise en une Garde Nationale dont La Fayette prend le commandement.
Les fâcheux bruits venus de Versailles et les troubles de Paris provoquent en province des réactions en chaîne : dans de nombreuses villes, s'installent des municipalités responsables et des gardes nationales.
- 10 août 1792, les Fédérés envahissent les Tuileries d'autant plus aisément que la Garde Nationale a fait défection. Le roi et sa famille se sont réfugiés à l'Assemblée. Les députés votent la convocation d'une Convention Nationale et la déchéance du roi.
Malgré une période riche en événements, trente années passent et nous voilà sous le règne de Charles X. Il signe quatre ordonnances. Paris se soulève et ce sont les Trois Glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830. Les députés de l'opposition forment, le 29, une commission municipale qui lance un appel à l'ordre et (re)nomme La Fayette, commandant général des Gardes Nationales.
Charles X doit abdiquer. Louis-Philippe prête serment le 9 août 1830.
Intéressons-nous à la loi du 22 mars 1831 qui reconstitue la Garde Nationale, laquelle doit à la fois maintenir l'ordre à l'intérieur du pays et contribuer, en cas de guerre, à sa défense .
Institution caractéristique du régime, cette Garde Nationale comprend tous ceux, entre 20 et 60 ans, qui paient l'impôt. Elle dépend des autorités civiles et elle élit ses officiers. Pendant les premières années de règne, elle lutte sans arrêt contre les émeutes qui perturbent les grandes villes. Ses légions sont souvent dissoutes quand elles veulent exprimer des vœux politiques. A partir de là, je vais vous parler de la Garde Nationale de Pas-de-Jeu.
La Garde Nationale de Pas-de-Jeu
Bien entendu, la Garde Nationale n'aura pas à lutter contre les émeutes à Pas-de-Jeu.
Mais Pas-de-Jeu est un point de passage important entre Loudun et Thouars car c'est le seul endroit où la zone marécageuse - qui s'étend de part et d'autre de la Dive - présente un rétrécissement aisément franchissable entre Moncontour et Montreuil-Bellay. Est-ce là une raison qui explique l'importance accordée à cette formation « para-militaire » ?
En tout cas, ce n'était pas une Garde Nationale pour rire. Qu'on en juge ! Il suf-fit de relire les ordres donnés par la Sous-Préfecture de Bressuire au poste établi au pont de Pas-de-Jeu.
« En conformité de la lettre de Monsieur le Sous-Préfet de Bressuire, le poste établi au pont de Pas-de-Jeu est autorisé à arrêter et visiter tous les voyageurs allant et venant du département de la Vienne dans celui des Deux-Sèvres et ses environs, lui étant enjoint d'observer dans ses perquisitions la plus grande dé-cence et honnêteté, à moins qu'il n'y ait résistance et opiniâtreté de la part de quelques voyageurs. Dans ce cas, la garde est autorisée à opposer la force contre la force. »
La Garde Nationale de Pas-de-Jeu comprenait quatre-vingt-treize hommes. Elle était commandée par trois anciens militaires : un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant.
Un sergent-major, quatre sergents et huit caporaux assuraient le commandement su-balterne.
Toutes les professions locales étaient repré-sentées : - quarante-neuf propriétaires et cultivateurs, - huit charpentiers, - quatre anciens mili-taires, - trois maçons, - deux tisserands, - deux forgerons, - un tailleur, - un instituteur (il y avait une école en 1831), - un garde-champêtre.
Les autres étaient journaliers ou ma-nœuvres. Le doyen Hilaire Trigaloux était né le 25 juin 1770. Le benjamin Pierre Noi-rault avait vu le jour le 28 avril 1809. Le magister s'appelait Jean Rouger et le maire Pierre Aubert.
Ce n'était là qu'un recensement des forces mobilisables. On élimina, par la suite, les inaptes. En consultant les registres, on trouve des choses savoureuses. On relève des cas de force majeure : exempté à cause de son âge, bencale (sic), mal construit,.. mais également des exemples plus douteux : mal à une « gembe », a la vue tendre, souffre d'un « rumatisme embulant », « ataque de cathare pulmo-nique »,…
Le diagnostic était quelque peu incertain et l'orthographe chancelante ; néan-moins le sergent-fourrier Jean Rouger - instituteur de son état - a scrupuleuse-ment rempli ses fonctions et grâce à lui, nous pouvons connaître les calamités qui se sont abattues sur la population mâle de Pas-de-Jeu en 1831.
Qu'on n'aille pas croire qu'il n'y avait que des « tire-au-flanc ».
D'authentiques grognards de l'Empire faisaient partie de l'effectif :
- Pierre DUBOIS, marié, père de 7 enfants, ayant servi au 33ème de ligne comme simple soldat, comptait 18 ans de service. Il n'était point exempté, bien qu'ayant été blessé par un éclat « d'aubuse ».
- Sébastien DENIS, âgé de 57 ans, blessé au bras et à la cuisse, comptait également 18 ans de service et « 30 campagnes de mer et de terre » au 10ème de ligne. Il était caporal. Il avait donc 26 ans en 1800 ; cela nous amène à penser qu'il a parcouru tous les champs de bataille de la Révolution et de l'Empire.
- Jean BERT et Louis CHESNEAU comptaient 5 ans au 4ème de ligne.
- Pierre POINGT et Pierre PELTIER comptaient chacun 6 ans.
- René BRECHAULT, exempté, pour « douleur à la vue », avait donné 8 ans de son existence au 68ème de ligne comme simple soldat.
On armait les gardes nationaux du fusil modèle 1816. Mais chaque individu devait, en principe, s'habiller. Cela n'allait pas sans ré-crimination. Le chapitre « habillement » est surchargé de ratures. En maints endroits, le « veut s'habiller » est écrasé par une énorme « refuse de s'habiller ».
Il existe parfois des paradoxes troublants.
Née sous un régime autoritaire (Monarchie de Juillet), la Garde Nationale devait élire démocratiquement son Etat-Major à bulletins secrets. On se croirait encore au temps de la Législative et de la Convention. On estimait cependant que les officiers, responsables devant le Roi, ne pouvaient être nommés qu'à la majorité absolue. Quant aux sous-officiers et caporaux, la majorité relative suffisait.
Les 75 gardes nationaux de Pas-de-Jeu qui restaient après éviction des inaptes, procédèrent donc pour la première fois à des élections triennales. Les anciens militaires, auréolés de leur prestige et de leurs connaissances des armes recueillirent évidemment la majo-rité des suffrages. Le 16 juin 1831 à dix heures du matin sur la place de l'église : - Pierre PELTIER fut nommé capitaine avec 74 voix, - Sébastien DENIS, l'homme aux « 30 campagnes » devint lieutenant avec 60 voix, - René ANGIGNARD recueillit 50 voix contre 20 à Pierre TUZELET et obtint, de ce fait, le galon de sous-lieutenant,
* Tuzelet était ambitieux. Il voulait du galon. Il exerçait la profession de « gros propriétaire ». Il n'était point républicain. Le fait de donner sa date de naissance : 8 septembre 1791 est un critère révélateur. Né sous la Convention, il aurait dû dire 22 Fructidor An II.
* Angignard, lui proclame sa date de naissance comme un titre de gloire : 25 Messidor An III (14 juillet 1795).
- Pierre TUZELET obtint le grade de sergent-major. Dès 1834, Sébastien DE-NIS se retire en raison de son âge (60 ans). Il sera alors nommé lieutenant. Arrivèrent les élections de 1846.
En haut lieu, les de-mandes de réforme de Thiers se heurtaient à l'intransigeance obstinée du ministre Guizot. Le temps était à l'orage et la Monar-chie de Juillet s'embourgeoisait aveuglément.
Quelques portraits inévitables et les rivalités politiques locales
Bien que la Garde Nationale se dut de rester à l'écart de l'arène politique, le torchon brûlait à Pas-de-Jeu et le capitaine Peltier se retira. Tuzelet posa sa candi-dature pour lui succéder mais il fut battu par Angignard et un nouveau-venu, Jean Denet fut élu lieutenant. Tuzelet dut se contenter du grade de 1er sous-lieutenant.
La Révolution de 1848 ayant jeté bas Louis-Philippe, la IIème République de-vait s'assurer les bon-nes grâces de la Garde Nationale. On vota un an plus tôt qu'il n'était prévu dans les règlements, soit le 16 avril 1848. Pierre Peltier revint en triomphateur et fut élu à l'unanimité. Tu-zelet ne fut nommé que 2ème sous-lieutenant. On profita de l'occasion pour distinguer deux tambours : René Maquaire et Pierre Guibert ainsi qu'un porte-drapeau Pierre Cochard.
Le nouveau régime abolissant la monarchie, la Garde Nationale reçut l'ordre de planter l'arbre de la liberté ce même jour. Mais des rancœurs et des tiraillements avaient amené la mésentente. A l'issue de la cérémonie, quinze gardes nationaux ren-dirent leurs armes.
Jean ROUGER, l'instituteur Jean Rouger était ser-gent-fourrier de la Garde Nationale. On se rappelle qu'il était instituteur de son état. Il cumulait cette fonc-tion - honorable entre toutes - avec celle de sabotier-cordonnier. Ainsi l'artisan se doublait d'un éducateur. Il dispensait donc son savoir aux enfants les plus nantis d'alors, lesquels, moyennant quelques espèces et quelques bûches l'hiver, bénéficiaient de la manne spirituelle, fort rare à l'époque dans les communes de cette importance. Pourtant la science de notre brave Rouger était parfois hésitante. Nous ignorons s'il trébuchait sur les fractions ou sur les règles délicates de la grammaire, mais son orthographe était plutôt fantaisiste : « gembe » pour jambe, « schakaut » pour shako et hernie avec ou sans « h » selon les cas.
Néanmoins, il fit œuvre utile. Bien des communes rurales à cette époque, où l'analphabétisme régnait dans les campagnes, avaient à leur tête des maires illettrés. Or, les conseillers municipaux de Pas-de-Jeu, qui siégeaient en 1870, savaient tous écrire : ils avaient été les élèves de Rouger.
Sa double profession lui créait une position délicate. La masse, composée de besogneux et de petites gens portés par nature au républicanisme in-conscient, lui fournissait son travail d'ouvrier. Par contre, les bourgeois, parti-sans de l'ordre, lui assuraient un gain supplémentaire grâce à une clientèle d'élèves. Il fallait ménager la chèvre et le chou et ne point se montrer trop rouge ou trop blanc. Mais Rouger savait « nager ». Il poussa la prudence jusqu'à la cautèle. Alors que Tuzelet, né à une pé-riode où le calendrier républicain fait loi, donne sa date de naissance grégorienne - il est le seul à le faire - Rouger affecte d'ignorer la sienne et donne son âge : 27 ans, c'est tout. Son fils, ne se sentant aucune disposition pour enseigner le B.A.BA et les règles du participe passé, ne prit point sa succession. Nous le trouvons en 1870 établi comme maréchal-ferrant au hameau de Lairé et garde national comme l'était autrefois son père.
Un individu hors du commun
René Angignard, rappelons-nous, fut nommé officier dès la formation de la Garde Nationale. Il s'inclina toujours devant le capitaine Peltier mais resta l'adversaire irréductible de Tuzelet. Aussi le républicain s'opposait au réactionnaire et lui fit échec à chaque compétition.
Son fils Léopold, né le 7 septembre 1824, hérita de ses idées avancées selon le langage de l'époque. Nanti de cette éducation et d'une jeunesse véhémente, Angignard ne sut maîtriser sa fougue après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. On faisait alors la chasse aux républicains séditieux ou trop bavards. Le jeune Angignard n'écouta pas la voix de la prudence et cla-ma son indignation à tous les échos. Ses opinions politiques étaient trop bruyantes. Le brigadier de gendarmerie de Oiron, brave homme et anti-bonapartiste, vint donc l'avertir secrètement qu'il avait ordre de l'arrêter le lendemain même ; ce à quoi, Angignard répondit qu'il avait un fusil à la maison, qu'il savait s'en servir et que lorsque, les muni-tions seraient épuisées, il disposait encore d'une bisaguë en fort bon état à l'adresse de ceux qui voudraient l'appréhender au corps.
C'était mal reconnaî-tre un service aussi précieux. Mais… la nuit porte conseil. Notre forte tête, revenue à une plus juste notion des choses, décida de ne pas courir le risque de moisir dans les geôles présidentielles ou d'aller défricher le bled algérien. Il prit le sage parti de s'expatrier.
Ayant rassemblé ce qu'il pouvait en numéraire et accepté l'aide financière de bons amis, il se fit conduire, en cabriolet, bride abattue, à Saumur. Le coche d'eau de Nantes semblait l'attendre. La grande aventure commençait. Sa vie fut, dès lors, une extraordinaire odyssée, digne des personnages d'Alexandre Dumas père.
Le Nouveau Continent accueillait alors les exilés, les aventuriers, les chercheurs et les hommes à cran que ne rebutait point une existence primitive et difficile. Embarqué à bord d'un voilier, Angignard gagna les Etats-Unis d'Amérique. C'était l'époque de la poussée vers l'Ouest, des agglomérations construites en planches et des cow-boys explorant la prairie encore vierge. Angignard, propriétaire terrien d'origine et bricoleur de génie, s'y tailla une réputation dans la construction des églises en bois. Il parcourut ainsi la Louisiane et le Texas, édifiant des temples et dressant des autels qu'il ne vénérait point, étant franc-maçon. Mais il fallait vivre.
En France, Louis-Napoléon, devenu Napoléon III et empe-reur des Français, adoucit sa politique. Il accorda en 1859 l'amnistie « à tous ceux qui avaient été condamnés pour cause politique, aux bannis et aux dépor-tés ». Séduit par cette abolition, Léopold désira revoir la France, Pas-de-Jeu et sa famille. Il revint tel l'enfant prodigue et fut accueilli à bras ouverts.
Mais il fut déçu par la vie plate et monotone qu'il avait abandonnée en décembre 1851. La nostalgie des grands espaces, de l'imprévu et des aventures l'incita à repartir.
Il connut alors l'apogée de sa vie mouvementée. En 1861, éclata la guerre du Mexique qui se termina en 1866. Par la grâce des baïonnettes françaises, Maxi-milien d'Autriche régnait sur le Mexique de Fernan Cortez malgré la farouche opposition de Juárez et de ses partisans.
Ce pays était devenu un pôle d'attraction pour les Conquista-dors en tous genres. Bon nombre d'aventuriers améri-cains franchissaient la frontière et tentaient de pêcher en eau trouble dans l'espoir d'y faire rapidement fortune. Angignard s'introduisit dan l'un de ces groupes d'aventuriers. Mais ses intentions n'étaient pas du même ordre que celles de ses compa-gnons : il voulait voir des Français et s'entretenir avec eux de la Patrie. Il traver-sa le Rio Grande Del Norte et prit pied en territoire mexicain à Matamoros.
Cependant, Angignard, malgré ses excellentes intentions, n'avait oublié qu'une chose ; c'est que dans un pays en guerre, on rencontre toujours deux camps opposés : les amis et les enne-mis. Il tomba sur une patrouille mexicaine qui le fit prisonnier. Interrogé et convaincu de nationalité française, il n'était pas particulièrement en odeur de sainteté devant la Cour Martiale qui devait décider de son sort. On lui démontra qu'il était un espion français et qu'une seule sanction ne pouvait être appliquée : la mort. C'était plutôt brutal. La sentence étant immédiatement exécutoire, on conduisit Angignard vers le lieu de sup-plice. Les tromblons et les vieilles escopettes des Mexicains, qui faisaient sourire les braves troupiers de Bazaine, n'inspiraient aucune confiance à notre héros. Ne sachant plus à quel saint se vouer, il fit à tout hasard le geste de détresse connu des seuls initiés des loges maçonniques. En pareille circonstance, cela équivalait à re-chercher une aiguille dans une meule de foin. Or, il se trouva que le chef du détachement, adepte lui-même, vit le signe secret. Ce fut le salut inespéré, providentiel.
On sait que les « francs-maçons se considèrent comme frères et doivent s'entraider en quelque lieu qu'ils se trouvent, à quelque nation, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent ». Le chef de peloton d'exécution se devait de tirer Léopold Angignard de sa fâcheuse position. Il est probable que la discipline élastique de l'armée mexicaine ai-da l'officier. Quoi qu'il en soit, le contrordre fut donné et le condamné libéré. Cet épisode guérit à tout jamais Angignard des aventures. Il en avait assez du Mexique, des Mexicains et de l'Amérique. Il regagna les Etats-Unis et embarqua pour la France. Pas-de-Jeu lui fit fête et il devint le héros local. Ayant ac-quis une excellente adresse au tir, il fut une excellente recrue pour la Garde Na-tionale.
Sous la IIIème République, Léopold Angignard - Monsieur Paul, comme on l'appelait familièrement - s'occupa de politique et devint l'ami de Jaurès. Il fonda une loge maçonnique à Pas-de-Jeu. Il mourut le 26 janvier 1906 à 82 ans et est enterré au cimetière de Pas-de-Jeu.
Les conséquences de la guerre de 1870
Nos gardes nationaux, astreints à l'exercice chaque dimanche, pestaient souvent contre cette obligation hebdomadaire qui bousculait leur repos dominical. Pourtant, aux premiers roulements de tambour, une sorte d'ardeur s'emparait des anges gardiens du gouvernement. Chacun endossait sa tunique et se hâtait vers la place de l'église, pour prendre place dans un alignement que les chefs auraient souhaité impeccable.
Les Jovinaises (habitantes de Pas-de-Jeu) admiraient la tenue martiale de leurs époux ou fiancés qui défilaient crânement, le shako sur l'oreille.
Il y avait bien, de-ci, de-là, quelques « non-uniformés », mais ces malchanceux rache-taient leur infériorité vestimentaire par une allure si décidée, si gaillarde, qu'ils en faisaient presque oublier l'absence d'un attribut notoirement prestigieux. D'ailleurs, ces parents pauvres arboraient sur leur chapeau une large cocarde tricolore qui consacrait leur statut de défenseur du Régime.
Néanmoins, ne nous trompons pas, la Garde Nationale fit bravement son devoir. Dès le début du règne de Louis-Philippe, 2000 gardes nationaux tombèrent pour maintenir l'ordre. Mais sur le plan local, on n'eut guère à utiliser ces auxiliaires. Pourtant, en 1832, la Duchesse de Berry, ayant gagné la Vendée, tenta de soulever les paysans dans l'espoir de rétablir les Bourbons. La Garde Nationale de la région fut sur les dents. Las ! Deux petits combats, aux environs de Clisson, anéantirent cet embryon de guerre civile. Mais on allait connaître des heures sombres…
En juillet 1870, les partisans de l'Impératrice Eugénie l'emportaient sur les timorés et la guerre franco-prussienne éclatait. On sait la suite… On alla de dé-sastre en désastre et, le 19 septembre 1870, les casques à pointe arrivaient sous les murs de Paris. L'armée régulière était anéantie, prisonnière ou bloquée dans Metz et Belfort.
Le gouvernement de la Défense Nationale songea alors à utiliser les gardes nationaux.
Une note du sous-Préfet de Bressuire, Gustave le Mailler, en date du 30 septembre 1870, fut envoyé dans chaque mairie de l'arrondissement.
« Je vous adresse, ci-après, copie d'une dépêche télégraphique que je reçois à l'instant de Monsieur le Préfet : Sur le champ et par dépêche télégraphi-que ou par exprès, faites recueillir dans toutes les communes les contrôles des gardes nationaux, indiquant leur âge, leur situation de famille, célibataires, mariés, veufs avec ou sans enfants. Vous dresserez des tableaux que vous m'enverrez immédia-tement ». Et le Sous-Préfet ajoute une phrase implorante : « Je vous en conjure, ne m'obligez pas à vous adresser un rappel pour obtenir ce travail. En vertu de cette circulaire, la Garde Nationale de Pas-de-Jeu qui comptait 126 hommes en 1870, dénombra ses célibataires et veufs sans enfants de 20 à 40 ans. Ceux-ci, au nombre de huit, formèrent le premier ban.
Le 19 octobre 1870, le Comité de défense des Deux-Sèvres, sous la signature du Préfet Mahou, enjoint aux communes de vo-ter « des ressources extraordinaires afin de concourir à l'équipement des gardes nationaux mobilisés », les autorisant même à contracter des emprunts, mais priant les maires de ne faire entrer, dans leurs calculs, « que ceux-là seulement qui sont dans l'impossibilité absolue de subvenir eux-mêmes aux frais de leur équipement. » La somme nécessaire pour équiper chaque garde national fut fixée à 50 Francs. La situation générale était très grave pour ne pas dire désespérée : Bazaine enfermé dans Metz, Paris investi.
L'ennemi avait les mains libres et le Prussien, rôdait déjà fort loin au sud de la Seine. Orléans était en son pouvoir depuis le 9 octobre. Il fallait faire vite. Le 20 octobre, le Préfet prend un arrêté visant la formation des compagnies et l'élection de leurs cadres. Les officiers et sous-officiers peuvent être « élus en dehors des rangs de la Garde Nationale mobilisée. »
Un tableau, joint à l'arrêté, indique que trois bataillons seront formés dans l'arrondissement de Bressuire : Thouars, Bressuire, Chatillon-sur-Sèvre.
Pas-de-Jeu fut rattaché à la 2ème compagnie du 1er bataillon de Thouars et son lieu de rassemblement fixé à Saint-Léger-de-Montbrun avec les communes de l'est thouarsais dont celle précitée puis : Brie, Noizé, Taizé, Oiron, Maulais, Missé, Saint-Martin-de-Mâcon, Saint-Cyr-la-Lande, Tourtenay, Louzy, Saint-Martin-de-Sanzay, Bagneux et Brion.
Cette 2ème compagnie devait avoir un effec-tif de 148 hommes, ce qui impliquait une participation moyenne de neuf hommes par commune. Le 7 novembre 1780, le Préfet donne l'ordre de concentra-tion des compagnies et bataillons.
Le 12 novembre, les gardes nationaux du 1er bataillon doivent être présents à Thouars à midi ; ils ont reçu l'ordre de « se munir de deux chemises et d'une bonne paire de chaus-sures » et on prévient charitablement que « leur absence les exposerait à être poursuivis comme insoumis ou déserteurs. »
Le 24 novembre, on dresse le 2ème ban de gardes mobilisés (ma-riés ou veufs de 21 à 30 ans). Il comprend 20 hommes.
Mais nos braves gar-des nationaux, d'une valeur militaire très douteuse, avaient besoin d'un minimum d'instruction. Les en-voyer ainsi au combat eut été courir à un suicide collectif. On entreprit donc leur entraînement : il fal-lait pour cela quel-ques semaines.
D'Aurelles de Paladine fut battu à Beaune-la-Rolande le 28 novembre ; Chanzy, avec la 2ème Armée de la Loire, connut la défaite au Mans les 10 et 11 janvier 1871. C'était la fin.
Au nord de la Loire, les événements se succédaient à une cadence accélérée.
Les gardes nationaux furent renvoyés dans leurs foyers. A Paris, l'insurrection de la Commune avait fait couler beaucoup de sang et, parmi les insurgés, on avait dé-nombré une foule de gardes nationaux. La IIIème République n'eut qu'une confiance très limitée dans cette formation qui, jusque là, avait surtout soutenu le régime monarchique ou le régime impérial mais qui, en dernier ressort, pencha du cô-té révolutionnaire. La Garde Nationale fut dissoute le 27 juil-let 1872.
Texte extrait du bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays Thouarsais. Cet ouvrage est en vente à l'Office de Tourisme du Pays Thouarsais. 3 bis boulevard Pierre Curie 79100 Thouars Tél : 05.49.66.17.65
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La Société d'Histoire et d'Archéologie du Pays Thouarsais organise tous les deuxièmes lundis du mois des conférences et des exposés sur l'histoire, l'archéologie et la géologie. Elle publie un bulletin qui recense les interventions et comporte des informations diverses sur ses activités culturelles. Elle participe à la vie de la cité en collaboration étroite avec le service Ville d'art et d'histoire de la Ville de Thouars, le service des archives municipales et au sein des commissions municipales.
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